Grand Hôtel Bella Tola & St-Luc (1860/1883/env. 1893)

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Les hôtels d‘altitude du Val d‘Anniviers

La découverte des Alpes

Au début du XVIIIe siècle commence à se manifester, surtout en Angleterre, la coutume du «Grand tour». Des jeunes nobliaux sont envoyés sur le continent, généralement accompagnés d’un mentor, afin qu’en quelques semaines d’un voyage formateur, ils s’imprègnent des mœurs et de la culture des pays traversés. Le chemin qui les mène de Paris, première étape obligatoire, en Italie, but ultime du voyage, passe évidemment par les contrées alpines. Ce «tour» inaugure un vaste mouvement de société auquel il donnera son nom, le «tourisme».

Parallèlement à ces voyages culturels, l’intérêt des savants se tourne vers les «glacières», où s’aventurent plusieurs expéditions scientifiques dès le milieu du XVIIIe siècle. L’ascension du Mont-Blanc en 1786 marque une étape importante dans la conquête et la connaissance des cimes des Alpes. Rapidement, la vallée de Chamonix va devenir un haut lieu de tourisme. Dans la foulée, l’Oberland Bernois et le Valais vont eux aussi atteindre le statut de sites alpins incontournables. Les ascensions de la Jungfrau en 1811 et du Finsteraarhorn l’année suivante instaurent une longue liste de premières, qui culmine avec la conquête dramatique du Cervin en 1865. Cette ruée vers les Alpes attire un grand nombre de passionnés de montagne, en majorité britanniques, qui passent plusieurs semaines chaque été dans la région pour gravir les sommets environnants. Prenant leurs quartiers dans la région alpine, ils engagent des guides pour toute la durée de leur séjour. L’engouement pour l’alpinisme va ainsi favoriser la création d’hôtels dans des vallées isolées, ainsi que le développement du métier de guide.

Le réveil touristique du Val d’Anniviers

En cette période bouillonnante au milieu du XIXe siècle, le guide Baedeker préconisait, entre Sion et Zermatt, un itinéraire beaucoup plus plaisant à travers cols et montagnes, en lieu et place du trajet monotone dans la poussiéreuse vallée du Rhône. Dans son édition de 1862, on lit dans ce fameux guide: «La route cantonale poussiéreuse de la large vallée du Rhône, souvent marécageuse et plongée dans l‘ombre des montagnes, ne constitue pas une promenade particulièrement rafraîchissante pour le voyageur.» Baedeker proposait comme alternative à ce parcours monotone dans la vallée principale du Valais, un itinéraire en altitude entre Sion et la station touristique de Zermatt. Du chef-lieu cantonal, on se rendait à Evolène, puis à Saint-Luc dans le Val d‘Anniviers par le col de Torrent. Le chemin se poursuivait par Gruben, dans la vallée de Tourtemagne, via le Pas de Bœuf puis, en passant au pied du Zehntenhorn, par Saint-Nicolas dans la vallée du même nom, pour se terminer à l‘hôtel du Riffelberg, au-dessus de Zermatt. Cette promenade assez fatigante qui, selon le Baedeker, ne pouvait guère «se réaliser sans guide de montagne pour la traversée des cols», nécessitait évidemment des possibilités d‘hébergement aux étapes correspondantes. C‘est la raison pour laquelle se sont successivement ouverts l‘hôtel de la Dent Blanche à Evolène en 1858, le Bella-Tola à Saint-Luc en 1860, et le Weisshorn dans la vallée de Tourtemagne l‘année suivante. Finalement, l‘hôtel Saint-Nicolas a vu le jour en 1863 dans le village du même nom. C‘est avec ces premiers établissements que la construction hôtelière a investi les vallées latérales encore peu visitées de la rive gauche du Rhône, vingt à trente ans après le début de l‘essor touristique dans les autres montagnes du Valais.

Les premiers «champs de base» pour les touristes

Le Val d‘Anniviers est déjà mentionné dans la deuxième édition du guide Baedeker en 1848. Cinq ans plus tard, il cite une première possibilité d‘hébergement chez le curé de Vissoie. Dans les années 1860, grâce à la nouvelle route arrivant du fond de la vallée centrale à Sierre, le Val d’Anniviers devient un but de voyage assez connu. Sa vaste panoplie de sommets commence à attirer les alpinistes chevronnés et ses montagnes garantissent de splendides points de vue aux touristes moins expérimentés.

Deux précurseurs ouvrent le terrain: En 1858 ou 1859, Baptiste et Julienne Epiney-Antille ouvrent la pension Durand dans un chalet à Zinal, qui, au dire d’un descendant, a déjà été utilisé pour loger les premiers touristes en 1790. En même temps, Pierre et Elisabeth Pont-Zufferey, commencent la construction du nouvel Hôtel Bella-Tola, au centre du village de Saint-Luc, dévasté par une terrible incendie le 2 juillet 1858. Peu après l‘inauguration de la nouvelle route reliant Vissoie à la vallée du Rhône en 1863, un nouveau bâtiment hôtelier remplace la première pension Durand à Zinal.

Ces premiers implantations touristiques dans la région font partie d’un groupe d’hôtels en Valais qui se dressent au pied des montagnes et, en tout premier lieu, font office de camps de base pour l‘ascension des hautes cimes des Alpes. À l‘exemple des deux précurseurs, le Durand et le Bella-Tola, leurs dénominations se réfèrent souvent à une montagne proche. Leur architecture se présente en général sous l‘aspect d’une construction en pierres de taille, couronnées d‘un toit à quatre pans. Ces bâtiments nouveaux se distinguent donc nettement des traditionnelles habitations en bois du Valais.

L’époque où l’aubergiste se mua en maître d’hôtel

Le Registre de l’Impôt sur l’Industrie du Canton de Valais nous indique les mauvaises affaires de Pierre Pont, aubergiste, à St-Luc dans les année 1860, par exemple en 1865: «…comme lui a été accordé l’an dernier un sidération de son peu de commerce», et en 1868 on lit le remarque: «très-peu de commerce». La construction d‘hôtels dans la région connaît son point culminant seulement lors d‘une deuxième phase d’expansion vers la fin du siècle. L’évolution recommence en juillet 1876, lorsque les journaux du canton annoncent l’inauguration du nouvel hôtel de Vissoie, dont la création est due à l’initiative d’une Société d’actionnaires.

C’est la Fête Nationale de 1882 que Pierre Pont a choisit pour la pose de la première pierre pour son nouvel hôtel Bella-Tola, hors du village de Saint-Luc cette fois. C’est le premier hôtel du Val d‘Anniviers bénéficiant d‘un splendide point de vue. En même temps, François Masoni édifie l‘hôtel Weisshorn, en pleine solitude, à quelque 500 mètres au-dessus de Saint-Luc; il sera reconstruit après incendie en septembre 1889. Dans les années 1880, l‘hôtel Durand de Zinal se voit doublé d’une annexe considérable de cinq axes en amont. Une véritable euphorie hôtelière se développe au cours des années 1890. Le Grand Hôtel du Cervin, à Saint-Luc, les hôtels des Diablons et du Besso, à Zinal, et celui du Grand Hôtel (nommé d’abord Bella Vista) à Chandolin, s‘ouvrent presque simultanément entre 1893 et 1896. La liste se termine avec la construction de l’Hôtel des Becs de Bosson à Grimentz avant la fin du siècle.

Un peu en avance à cette dernière vague de constructions hôtelières, le guide français de Joanne mentionne à St-Luc un «agrandissement considérable en 1889» du Grand Hôtel de la Bella Tola. L’architecte Louis Maillard de Vevey, qui, en ce moment vient de terminer les travaux du nouveau Grand Hôtel à Territet au bord du Lac Léman, est souvent en vacances dans la région, il est donc devenu un ami de la maison. C’est Pierre Pont qui lui confie la construction de cette nouvelle aile au sud de son établissement existant; sept ans plus tard, c’est de nouveau lui qui dessine les plans pour le merveilleux nouveau Grand Hôtel à Chandolin.

Le vaste essor touristique de la fin du XIXe siècle s‘est aussi manifesté en Valais. La plupart des touristes, provenant en général de l‘Empire britannique, séjournent en montagne pendant les saisons estivales. Les hôtels d‘altitude apparus en Valais à cette époque étaient souvent édifiés au-dessus de 1500 mètres à des emplacements jouissant de prestigieux panoramas, et offraient un confort luxueux, comparable à celui d‘établissements analogues édifiés sur des sites privilégiés, à proximité des grands lacs suisses. C’est l’époque où l’aubergiste des stations d’altitude en Valais se mua en maître d’hôtel. Dans les multiples salles richement décorées, la société respirait l’air des châteaux, sur les terrasses ensoleillées elle s‘installait pour admirer des panoramas incomparables. Entre le déjeuner et le dîner, les hôtes observaient avec enthousiasme au télescope la conquête des trois et quatre mille mètres qu‘ils gravissaient eux-mêmes de moins en moins. Les noms alors donnés aux hôtels traduisent cette modification de comportement: on leur donne plus le nom des montagnes proches, mais on les appelle Belvédère (par exemple à Gletsch et au Gornergrat), Bellevue (à Saas Fee et Zermatt), Beau-Site (à Saas Fee) ou Bella Vista (à Chandolin).

Vers la fin du XIXe siècle, l‘importance touristique acquise par le Val d‘Anniviers se reflète dans les projets de liaisons ferroviaires. En 1899, sous la direction de l‘hôtelier Tabin, un comité d‘initiative dépose une demande de concession pour un chemin de fer à voie étroite reliant Sierre à Zinal, via Vissoie, et pour un funiculaire entre Vissoie et Saint-Luc. En 1901, un comité composé de l’ingénieur G. Dietrich d’Eclépens et des architectes Gay de Montreux et de Sion reçoit une concession pour un prolongement de la voie ferrée de Zinal à Zermatt avec un tunnel prévu à 2800 mètres d’altitude. Dès 1904, la société électrique du Val d‘Anniviers s‘occupe de ces différents projets. En définitive, aucune de ces ambitieuses entreprises ne fut réalisé et l‘aspect de la vallée ne se modifiera que très peu à cette époque.

Le patrimoine hôtelier actuel dans la vallée

Les anciens hôtels anniviards partagent aujourd’hui le sort commun à ceux de nombreuses autres vallées valaisannes. La plupart de ces établissements ont subi une première crise avec la absence totale des touristes étrangers dès le début de la Première Guerre mondiale. Certains ont rapidement disparu, tandis que d‘autres ont végété sur leur ancienne renommée jusqu‘après le second conflit mondial. C‘est au début des années soixante que la chute finale s‘est produite, lorsque les établissements encore exploités selon les normes du XIXe siècle furent totalement mis à l‘écart. Ils ont été soit démolis, comme l‘hôtel du Val d‘Anniviers, à Vissoie, soit abandonnés à un avenir incertain comme l’ancien hôtel des Becs des Bossons à Grimentz. Les deux grands édifices Durand et Diablons à Zinal ont été dépouillés de leur antique splendeur et loués à une agence étrangère de vacances, de même que l‘hôtel du Cervin à Saint-Luc. De l‘ancien et riche patrimoine hôtelier du Val d‘Anniviers n‘ont donc subsisté que quelques établissements historiques: à Zinal on retrouve encore les deux petits hôtels du Trift et du Besso. Le Grand Hôtel de Chandolin est reparti avec un nouveau concept et il est en train de reprendre sa place dans l’hôtellerie de la vallée. L’hôtel Weisshorn, un véritable «nid d’aigle» à 2340 mètres d‘altitude au-dessus de Saint-Luc, est devenu un fleuron parmi des établissements analogues réputés de notre pays. Et pour finir, le couple propriétaire du Bella-Tola à Saint-Luc, a restauré son hôtel avec beaucoup de goût et de sens pratique durant ces dernières années. Il est devenu un modèle en matière de conservation des monuments historiques dans le domaine des hôtels de montagne. Cette initiative a été honorée par ICOMOS Suisse (section suisse du Conseil international des Monuments et des Sites), qui lui a attribué le label «Hôtel historique pour l‘année 2001».